Depuis la nuit du 1er au 2 octobre 2026, chaque personne qui achète une formation sur Mon Compte Formation lit un message nouveau : en confirmant, elle s’engage à verser « le cas échéant, en 2027 » un complément de participation CPF « qui pourrait atteindre 200 € ». Elle paie 150 € aujourd’hui. Elle pourrait en payer 350 au total. Et la loi qui le prévoit n’est pas votée.
Pour un organisme de formation qui réalise une partie de son chiffre d’affaires sur le CPF, ce n’est pas une ligne budgétaire de plus. C’est un changement de logique : le reste à charge ne sera plus le même pour toutes les formations. L’État va faire payer plus cher ce qu’il juge non prioritaire. La vraie question pour vous n’est donc pas « combien ? », mais « dans quelle case tombe mon catalogue ? ».
Voici ce que dit le texte, ce qui reste flou, et ce que vous pouvez faire dès cette semaine.
Sommaire
- Participation CPF 2027 : ce que dit vraiment l’article 89
- Rétroactivité au 1er octobre : ce que vos stagiaires voient déjà
- Qui échappe à la participation majorée
- Votre catalogue passé au crible : trois familles de formations
- Le cofinancement devient votre meilleur argument commercial
- Les 5 erreurs à éviter ce trimestre
- Votre plan d’action d’ici décembre
Participation CPF 2027 : ce que dit vraiment l’article 89
Le projet de loi de finances pour 2027 a été présenté en Conseil des ministres et déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026. Son article 89 réécrit les règles de la participation forfaitaire obligatoire (PFO), ce reste à charge que tout titulaire verse depuis mai 2024 quand il mobilise son CPF.
Aujourd’hui, la règle est simple : 150 € pour tout le monde, quelle que soit la formation, depuis les demandes effectuées à partir du 2 avril 2026. Demain, elle aurait deux étages : une participation de base, et une participation majorée pour les formations qui ne relèvent pas des priorités fixées par l’État.
Le point que beaucoup de commentaires oublient : le texte ne contient aucun montant. Ni 350 €, ni autre chose. Les niveaux seront fixés par décret en Conseil d’État, et la liste des certifications prioritaires par arrêté du ministre chargé de la formation professionnelle. Le chiffre de 350 € vient des informations publiées par Les Échos le 23 septembre, puis du complément « jusqu’à 200 € » annoncé par Mon Compte Formation. 150 + 200 = 350 : l’intention est claire, elle n’est pas écrite dans la loi.
| Sujet | En vigueur au 5 octobre 2026 | Ce que prévoit le PLF 2027 |
|---|---|---|
| Participation du titulaire | 150 €, montant unique | Participation de base + participation majorée hors priorités |
| Fixation des montants | Décret publié | Nouveau décret en Conseil d’État, à venir |
| Formations prioritaires | Aucune liste | Liste de certifications fixée par arrêté en 2027 |
| Projet professionnel | Non contrôlé | Questionnaire en ligne, condition de certaines exonérations à partir du 1er janvier 2028 |
| Date d’application | Sans objet | Demandes intervenues à compter du 1er octobre 2026 |
L’objectif affiché par le gouvernement : environ 350 millions d’euros d’économies sur le CPF en 2027, dans un ministère du Travail à qui l’on demande 2,5 milliards d’euros d’économies au total.
Rétroactivité au 1er octobre : ce que vos stagiaires voient déjà
C’est la disposition qui a surpris toute la filière. Selon le texte déposé, les nouvelles règles s’appliquent aux demandes de souscription intervenues « à compter du 1er octobre 2026 ». Autrement dit, avant tout vote du Parlement. L’exposé des motifs l’assume : il s’agit de « limiter les effets d’aubaine liés à l’anticipation de l’achat d’une formation ».
Mon Compte Formation l’a traduit en moins de 24 heures. Au moment de confirmer un achat, le titulaire lit désormais qu’il s’engage à régler, le cas échéant, un complément en 2027. Petite nuance à surveiller : la page d’information de la plateforme parle des demandes « validées à compter du 2 octobre », le projet de loi du 1er octobre. Les commandes du 1er octobre sont dans une zone grise que seul le texte final tranchera.
Concrètement, pour un achat fait cette semaine :
- À l’achat : le titulaire paie 150 €, comme avant.
- En 2027 : si la loi est adoptée en l’état et que sa formation n’est pas jugée prioritaire, un complément pourra lui être réclamé, jusqu’à 200 € selon Mon Compte Formation.
- Aujourd’hui : personne ne sait comment ce complément sera recouvré, ni à quelle date, ni ce qui se passe si la formation est déjà terminée.
Les Acteurs de la Compétence (1 150 entreprises de formation) et le Synofdes ont annoncé le 2 octobre étudier les voies de recours si la disposition est adoptée en l’état. Une fédération ne peut pas saisir elle-même le Conseil constitutionnel : ce sont 60 députés ou 60 sénateurs qui le peuvent, avant promulgation.La rétroactivité n’est pas interdite par principe hors matière pénale, mais le Conseil constitutionnel exige un motif d’intérêt général suffisant et protège les situations légalement acquises. Le débat juridique reste donc ouvert. Pour votre trésorerie, en revanche, l’effet est immédiat : vos prospects lisent ce message avant de valider.
Qui échappe à la participation majorée
Le texte dessine une carte des priorités de l’État. Les situations ci-dessous échapperaient à la majoration, sous réserve du texte final et de ses décrets d’application.
| Situation | Traitement annoncé |
|---|---|
| Demandeur d’emploi inscrit à France Travail | Jamais de majoration, quelle que soit la formation |
| Bilan de compétences | Participation de base |
| VAE | Non concernée par l’évolution |
| Projet de transition professionnelle | Pas de majoration |
| Certification menant à un métier en tension | Pas de majoration (condition de projet professionnel déclaré dès 2028) |
| Secteurs prioritaires : défense, industrie, souveraineté alimentaire, transition écologique, numérique, médico-social | Pas de majoration (même condition dès 2028) |
| Financement complémentaire (employeur, OPCO, région, France Travail…) au moins égal à la participation | Exonération maintenue, organismes consulaires ajoutés à la liste des financeurs |
| Travailleur en ESAT | Exonération totale |
| Salarié, formation hors priorités, sans cofinancement | Participation majorée |
La dernière ligne est celle qui compte. Elle concentre l’essentiel des achats CPF des salariés, et une bonne partie des catalogues des petits organismes.
Votre catalogue passé au crible : trois familles de formations
Avant même la parution de l’arrêté, vous pouvez classer chaque formation de votre catalogue CPF dans l’une de ces trois familles.
Famille 1 : les formations a priori protégées
Certifications qui débouchent sur un métier en tension ou sur l’un des six secteurs cités : maintenance industrielle, aide-soignant, logistique, numérique, rénovation énergétique. Elles deviennent mécaniquement plus attractives que le reste du marché, puisque leur prix d’accès reste stable. C’est le moment de les mettre en avant.
Famille 2 : la zone grise des compétences transversales
Langues, management, bureautique, communication, gestion de projet. La liste des secteurs prioritaires vise des filières, pas des compétences. Une formation en anglais technique suivie par un technicien de maintenance industrielle n’est pas dans la même situation que la même formation suivie sans projet identifié. Tout dépendra de la rédaction de l’arrêté et, à partir de 2028, du questionnaire de projet professionnel.
Famille 3 : les formations exposées
Développement personnel, formations de loisir certifiées au Répertoire spécifique, certifications génériques sans débouché métier identifié. Pour un salarié qui paie seul, le reste à charge pourrait plus que doubler.
💡 Cas pratique (illustratif)
Sophie est formatrice indépendante en management et prise de parole. Elle réalise 55 % de son chiffre d’affaires via le CPF, avec des parcours vendus entre 1 200 et 1 800 €. Ses stagiaires sont presque tous salariés et financent seuls. Si la majoration est fixée à 200 €, leur reste à charge passe de 150 à 350 €, soit 20 à 30 % du prix de la formation. Sophie fait le tri : ses deux parcours « management d’équipe de production » visent des responsables d’atelier dans l’industrie, ils ont une chance d’être rattachés à un secteur prioritaire. Son parcours « confiance en soi à l’oral » n’en a aucune. Elle décide de développer en priorité la vente en entreprise, où le cofinancement neutralise la majoration, plutôt que de baisser ses prix.
Cas construit pour illustrer le raisonnement, chiffres indicatifs.
Le cofinancement devient votre meilleur argument commercial
C’est la ligne la plus utile du texte pour un OF : un tiers qui complète le CPF d’un montant au moins égal à la participation maintient l’exonération. Employeur, OPCO, région, France Travail, et désormais organismes consulaires.
Pour un salarié, la différence est nette. Seul, il pourrait payer 350 €. En revanche, avec un abondement de son employeur au moins égal à la participation, il ne paie rien. De son côté, l’employeur y gagne aussi : l’abondement coûte souvent moins cher que le financement intégral d’une formation sur le plan de développement des compétences, puisque le CPF du salarié en couvre l’essentiel.
Le calendrier joue en votre faveur. Depuis le 1er octobre 2026, l’entretien de parcours professionnel remplace l’entretien professionnel. C’est le moment naturel où un salarié et son manager parlent de projet de formation. Si vous présentez votre offre aux responsables RH comme une formation cofinançable, alignée sur un métier, vous entrez dans cette conversation au bon moment.
Ce virage vers l’entreprise n’est pas nouveau pour ceux qui l’ont anticipé. D’ailleurs, nous détaillions en juillet comment trouver des clients sans dépendre du CPF : les méthodes de prospection B2B décrites alors deviennent désormais prioritaires.
Les 5 erreurs à éviter ce trimestre
⚠️ Ce qui peut vous coûter cher d’ici décembre
- Annoncer 350 € comme acquis. Le montant n’est pas dans la loi. Écrire « 350 € dès 2027 » sur une page de vente, c’est diffuser une information inexacte, et devoir la corriger dans trois mois.
- Vendre l’urgence : « achetez avant la hausse ». La rétroactivité vise précisément ce réflexe. Un achat fait aujourd’hui est déjà dans le champ du texte. L’argument est faux, et il expose le stagiaire à une mauvaise surprise dont il vous tiendra responsable.
- Promettre de prendre en charge le complément. Les pratiques commerciales autour du CPF sont strictement encadrées depuis la loi du 19 décembre 2022, qui a notamment interdit le démarchage. Toute promesse de « rembourser » ou « offrir » la participation est à proscrire.
- Laisser vos devis et pages de vente en l’état. « Reste à charge : 150 €, tout compris » était exact en septembre. Depuis le 2 octobre, ce n’est plus une information complète.
- Attendre le décret pour bouger. Le décret et l’arrêté sont attendus en 2027. Si vous attendez leur parution pour revoir votre catalogue et votre prospection, vous aurez perdu un semestre.
Votre plan d’action d’ici décembre
Les députés débattront de l’article 89 à partir de la mi-octobre, puis les sénateurs prendront le relais. Les parlementaires peuvent l’amender, le réécrire ou le supprimer, et même modifier sa date d’application. De plus, ce plan d’action tient compte de cette incertitude : il vous fait gagner du terrain quelle que soit l’issue.
| Quand | Action | Livrable |
|---|---|---|
| Cette semaine | Mettre à jour la mention du reste à charge sur vos pages de vente, devis et emails de confirmation | Une phrase factuelle : « 150 € à l’achat ; un complément pourrait être demandé en 2027 selon le projet de loi de finances en cours d’examen » |
| Octobre | Classer chaque formation CPF dans l’une des trois familles | Un tableau simple : formation, certification, famille, part du CA |
| Octobre | Préparer une réponse type pour les stagiaires inquiets | 3 à 5 phrases, sans montant affirmé ni promesse |
| Novembre | Construire une offre cofinancée pour les entreprises clientes | Une page ou un PDF « CPF + abondement employeur » par formation phare |
| Novembre | Relier vos certifications « zone grise » à des métiers précis | Fiches formation réécrites avec public métier, objectifs évaluables et débouchés |
| Décembre | Faire le point après le vote de la loi de finances | Décision : maintenir, repositionner ou retirer chaque formation exposée |
Pour suivre le texte, la source de référence reste le dossier législatif du projet de loi de finances sur le site de l’Assemblée nationale, et la page d’information de Mon Compte Formation pour ce que voient vos stagiaires.
À retenir
- L’article 89 du PLF 2027, déposé le 1er octobre 2026, crée une participation CPF de base et une participation majorée pour les formations hors priorités de l’État. Le texte ne fixe aucun montant.
- Il s’appliquerait aux demandes faites à compter du 1er octobre 2026. Mon Compte Formation avertit déjà les acheteurs d’un complément possible jusqu’à 200 € en 2027.
- Demandeurs d’emploi, VAE, bilan, transition professionnelle, métiers en tension, six secteurs prioritaires et formations cofinancées échapperaient à la majoration.
- Les compétences transversales (langues, management, bureautique) sont dans une zone grise jusqu’à l’arrêté de 2027.
- Le levier le plus solide pour un OF certainement l’offre cofinancée avec l’employeur, à vendre dès maintenant, au moment des entretiens de parcours professionnel.
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Relier chaque formation à un métier, écrire des objectifs évaluables, construire une offre que les entreprises acceptent de cofinancer : ce n’est pas une question d’intitulé, c’est de l’ingénierie de formation. Nos formations certifiantes vous donnent la méthode et les modèles pour concevoir, structurer et vendre une offre qui tient face aux évolutions du financement. Elles sont finançables CPF et OPCO. Découvrez le catalogue des formations du Lab des Formateurs.
Sources : projet de loi de finances pour 2027, article 89 et exposé des motifs, déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026 ; Mon Compte Formation, « Évolution des règles d’utilisation du CPF à compter du 2 octobre 2026 » ; Les Acteurs de la Compétence, communiqué du 2 octobre 2026 ; Les Échos, 23 septembre 2026. Données vérifiées au 5 octobre 2026. Le texte étant en cours d’examen parlementaire, vérifiez son état avant toute décision.
Article rédigé par Maxence Lemire, Lab des Formateurs.