Depuis le 1er septembre 2026, les critères France Travail de sélection des formations changent la donne pour tout organisme dont les stagiaires passent par l’opérateur public. Une formation qui n’y répond pas peut désormais disparaître de l’affichage et sortir des dispositifs de financement. Sans audit, sans préavis de six mois, sans procédure spectaculaire.
Vous êtes certifié Qualiopi, vous avez survécu à deux audits de surveillance et vous pensez donc être en règle. C’est justement le problème. Qualiopi juge votre processus. Ces six critères jugent vos formations, une par une, sur ce qu’elles promettent et sur ce qu’elles prouvent. Cet article fait le tri : le texte, les six critères traduits concrètement, le filtre automatique dont presque personne ne parle, et une méthode d’audit de vos fiches en trois passes.
Sommaire
- Critères France Travail formation : ce qui change au 1er septembre 2026
- Les 6 critères France Travail, traduits en langage d’organisme de formation
- La base de mots-clés Carif-Oref et Miviludes : le filtre dont personne ne parle
- Qualiopi ne vous protège pas de ces critères
- AIF et POEI : les conditions de financement s’étaient déjà resserrées en avril
- Auditez vos fiches formation en 90 minutes
- Ce que ce tri annonce pour la rentrée
Critères France Travail formation : ce qui change au 1er septembre 2026
Commençons par le texte, parce que beaucoup de contenus qui circulent depuis juillet en parlent sans le citer. Le conseil d’administration de France Travail a adopté le 25 juin 2026 une délibération, la n° 2026-31, que l’opérateur a publiée au Bulletin officiel n° 2026-37 du 1er juillet 2026. Elle redéfinit les conditions dans lesquelles une formation apparaît dans les services et applications numériques de France Travail, et dans lesquelles l’opérateur accepte de la financer.
Une décision de gestion, pas un audit
Voilà la nuance qui change tout. En effet, ce dispositif ne ressemble ni à un audit Qualiopi ni à un contrôle de la DREETS. France Travail n’a pas besoin de venir chez vous : l’opérateur examine votre offre telle qu’elle est publiée, puis décide si elle reste exposée. Une formation non conforme aux critères pourra donc être exclue de l’affichage et des dispositifs de financement.
Autrement dit, le préjudice est commercial avant d’être réglementaire. Vous ne perdez pas votre certification : vous perdez votre visibilité auprès de centaines de milliers de personnes en recherche d’emploi, et l’accès aux financements individuels qui les accompagnent.
Pourquoi France Travail durcit maintenant
L’opérateur a constaté des dérives : des structures se présentent comme organismes de formation sans poursuivre de finalité professionnelle réelle. Or le contexte budgétaire ne pardonne plus l’à-peu-près. Les entrées en formation au titre du compte personnel de formation ont reculé de 11 % en 2025, à 1 226 000 selon la Dares, et chaque financeur resserre ses conditions. France Travail suit donc le mouvement, avec ses propres critères de sélection des formations.
| Ce qui est en jeu | Situation avant | Depuis le 1er septembre 2026 |
|---|---|---|
| Affichage de votre formation | Exposition large, filtrage limité | Six critères vérifiés, retrait possible de l’affichage |
| Financement individuel (AIF, POEI) | Instruction au cas par cas par le conseiller | Exclusion possible des dispositifs de financement |
| Déclencheur du contrôle | Signalement isolé | Base de mots-clés, signalements, alertes partenaires, réseau |
| Objet du contrôle | L’organisme | Chaque formation prise séparément |
Les 6 critères France Travail, traduits en langage d’organisme de formation
Voici les six critères, et surtout la question de contrôle que chacun pose. Lisez-les avec sous les yeux la fiche de votre formation la plus vendue, pas celle dont vous êtes le plus fier.
1. Une finalité professionnelle démontrée
La formation poursuit un objectif clairement identifié en matière d’emploi, de qualification ou d’activité professionnelle. Le mot qui compte est « démontrée » : une intention ne suffit pas. Si votre objectif pédagogique tient en un « permettre à chacun de révéler son potentiel », vous ne démontrez rien.
2. Une contribution au parcours de l’usager
La formation s’inscrit dans un parcours cohérent de développement des compétences ou d’insertion professionnelle. En pratique, votre fiche doit répondre à une question simple : cette formation vient après quoi, et mène à quoi ? Une action isolée, sans amont ni aval, se défend mal.
3. Une contribution à l’accès ou au retour à l’emploi
Les compétences développées présentent un lien identifiable avec une activité ou un projet professionnel. Notez le mot « identifiable » : c’est au lecteur de faire le lien, pas à vous de l’affirmer. Nommez donc les métiers, les postes et les situations de travail.
4. Des compétences objectivables et évaluables
Les acquis visés peuvent être décrits, observés ou évalués selon des modalités explicites. C’est le critère le plus proche de Qualiopi. Cependant, il exige que vos modalités d’évaluation soient visibles sur la fiche, pas seulement rangées dans votre système qualité.
5. Une reconnaissance ou un référentiel vérifiable
La formation s’appuie sur un référentiel, une certification, une qualification ou une reconnaissance professionnelle identifiable. Une certification RNCP ou RS coche la case. En revanche, une formation non certifiante n’est pas condamnée : il lui faut un référentiel vérifiable, par exemple un référentiel de branche ou un standard technique public.
6. Une information loyale, claire et vérifiable
Les objectifs, contenus, méthodes, prérequis et débouchés sont présentés de manière transparente et vérifiable. C’est le critère qui va faire tomber le plus de monde. Non pas parce que les organismes mentent, mais parce que les fiches sont écrites en langage commercial : durées « variables », prérequis « aucun », débouchés « nombreux ».
| Critère France Travail | La question de contrôle à vous poser |
|---|---|
| Finalité professionnelle démontrée | Quel métier, quelle qualification ou quelle activité précise ? |
| Contribution au parcours | Cette formation vient après quoi et mène à quoi ? |
| Accès ou retour à l’emploi | Un lecteur extérieur fait-il le lien seul avec un poste réel ? |
| Compétences objectivables | Comment j’évalue, et est-ce écrit sur la fiche ? |
| Référentiel vérifiable | Sur quel texte ou quelle certification je m’appuie, et où le vérifie-t-on ? |
| Information loyale et claire | Chaque affirmation de ma fiche est-elle vérifiable par un tiers ? |
La base de mots-clés Carif-Oref et Miviludes : le filtre dont personne ne parle
Passons au point le plus important de la délibération, celui que les articles grand public survolent. France Travail n’attend pas les plaintes pour agir : l’opérateur a construit, avec les Carif-Oref et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, une base de mots-clés régulièrement actualisée, qui sert à repérer les formations méritant un examen particulier.
Comment un examen se déclenche
Quatre portes d’entrée coexistent donc : la base de mots-clés, les signalements d’usagers, les alertes de partenaires et les remontées du réseau France Travail. Concrètement, votre formation peut être examinée sans que personne se soit plaint de vous. Un vocabulaire mal choisi suffit à la faire remonter.
Rassurez-vous cependant sur un point : l’examen ne débouche pas mécaniquement sur un retrait. Le texte prévoit trois issues, à savoir le maintien, un examen complémentaire ou l’exclusion. De plus, une décision d’exclusion doit être motivée. Vous saurez donc pourquoi, et sur quel critère.
Le vocabulaire n’est pas neutre
Cette base cible en priorité les dérives sectaires et les offres sans finalité professionnelle. Certes, votre organisme n’a rien à voir avec ces pratiques. Pourtant, si vous vendez du développement des compétences relationnelles, de l’accompagnement du changement ou du bien-être au travail, votre champ lexical peut vous rapprocher de la zone d’examen. Ce n’est pas une accusation : c’est un risque de faux positif, et il se gère par l’écriture.
⚠️ Les formulations qui attirent l’examen
Regardez vos fiches et traquez les promesses non vérifiables : « libérer votre plein potentiel », « transformation intérieure », « reconnexion à soi », « méthode unique », « secrets », « alignement ». Traquez aussi les vides : durée « variable selon les profils », prérequis « aucun », débouchés « nombreux », public « tout public ». Ces mentions ne sont pas interdites. En revanche, elles ne démontrent rien, et le critère n° 6 réclame précisément une information vérifiable. Remplacez donc chaque promesse par un fait : une compétence, une situation de travail, un référentiel, un chiffre.
Qualiopi ne vous protège pas de ces critères
Assumons la prise de position, car elle va à rebours de ce que beaucoup de dirigeants d’OF se disent. Être certifié Qualiopi ne vous exonère d’aucun des six critères France Travail : ce sont deux filtres différents, qui ne regardent pas la même chose.
Deux filtres, deux objets
Qualiopi certifie un processus : la façon dont vous analysez le besoin, concevez, animez et évaluez. Obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour accéder aux fonds publics ou mutualisés, elle reste un prérequis. Les critères France Travail, eux, jugent le contenu et la promesse de chaque formation prise séparément. Autrement dit, vous pouvez avoir un système qualité irréprochable et une fiche qui ne passe pas.
Le paradoxe de l’organisme bien noté
Pire, les organismes les plus solides sont parfois les plus exposés. En effet, ils ont soigné leur documentation interne et leurs preuves d’audit, si bien que leur effort s’est concentré là où l’auditeur regarde. Leurs fiches publiques, elles, sont restées des fiches commerciales, écrites il y a cinq ans, jamais relues depuis. Or c’est exactement ce document que France Travail examine.
Ajoutons que le calendrier ne vous laisse pas souffler : le nouveau Référentiel National Qualité, issu du décret n° 2026-728 du 1er août 2026, entre en vigueur le 1er novembre 2026 et durcit lui aussi l’affichage des taux d’obtention, des passerelles et des débouchés, comme nous l’avons détaillé dans notre analyse du nouveau décret Qualiopi. Les deux chantiers se recoupent, donc autant les traiter ensemble cet automne.
AIF et POEI : les conditions de financement s’étaient déjà resserrées en avril
Le tri de septembre n’arrive pas seul. Depuis le 20 avril 2026, France Travail a amendé les conditions générales de financement qui encadrent l’aide individuelle à la formation et la préparation opérationnelle à l’emploi individuelle. L’opérateur a signalé ces évolutions par un message affiché dans Kairos.
Sur l’AIF, les frais pédagogiques ne couvrent plus trois postes
L’amendement principal porte sur la définition des frais pédagogiques, qui exclut désormais les droits et frais d’inscription au dossier, l’achat de matériel, et les frais d’inscription aux examens et concours. Par conséquent, si vous intégriez le passage de la certification dans votre prix pédagogique, votre devis type est à revoir. Ce n’est pas une subtilité comptable : c’est une ligne qui fait rejeter des devis à l’instruction.
Attention toutefois au périmètre, car il a bougé cet été. La mise à jour des conditions générales de financement de la POEI publiée le 6 août 2026 exclut expressément la POEI de cet amendement. Autrement dit, cette nouvelle définition des frais pédagogiques vaut pour l’AIF, pas pour la POEI. Sur la POEI, deux autres évolutions s’appliquent : les mentions et engagements se recentrent sur le seul périmètre d’action de l’organisme, et France Travail décrit désormais les indicateurs qualité qu’il mesure.
Le plan détaillé reste obligatoire
Dans les deux cas, vous restez tenu de joindre un plan détaillé au devis. Il permet à France Travail de vérifier la cohérence de la formation avec le projet de retour à l’emploi, et sert de support au contrôle qualité. Autant dire que ce plan et votre fiche formation doivent raconter la même histoire. S’ils divergent, vous fournissez vous-même le motif de l’examen.
Auditez vos fiches formation en 90 minutes
Passons à l’action, car ce chantier est court si vous l’attaquez dans le bon ordre. Inutile de reprendre tout votre catalogue : sécurisez d’abord les formations qui vous rapportent des stagiaires financés.
La méthode en trois passes
| Passe | Ce que vous faites | Durée |
|---|---|---|
| 1. Tri | Listez vos formations et gardez celles qui accueillent des stagiaires financés par France Travail. Classez-les par chiffre d’affaires. | 15 min |
| 2. Test des 6 critères | Pour les 3 premières, répondez par écrit aux 6 questions de contrôle du tableau précédent. Une réponse floue vaut un non. | 45 min |
| 3. Réécriture ciblée | Corrigez uniquement les non. Remplacez chaque promesse par un fait vérifiable. Alignez ensuite le plan détaillé du devis sur la fiche. | 30 min |
Le cas de Sophie
Prenons un cas illustratif, construit à partir de situations que nous croisons en accompagnement et non tiré d’un dossier réel. Sophie dirige un organisme de trois formateurs, pour 210 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Environ 35 % de ce montant, soit 73 500 euros, vient de stagiaires financés par France Travail sur deux formations seulement.
Sophie applique la méthode. Résultat de la deuxième passe : sa formation la plus rentable coche cinq critères France Travail sur six. Elle bloque sur le sixième, l’information vérifiable, parce que la fiche annonce « 3 à 7 jours selon les profils » et « débouchés nombreux dans le secteur ». Trente minutes de réécriture suffisent à transformer ces deux mentions en durée fixe, liste de trois postes nommés et taux de retour à l’emploi mesuré sur sa dernière promotion. Autrement dit, 73 500 euros de chiffre d’affaires reposaient sur deux phrases jamais relues.
💡 Les 4 mentions à ajouter sur chaque fiche
Premièrement, la durée exacte en heures, avec le détail présentiel et distanciel. Deuxièmement, les prérequis formulés comme des faits contrôlables, par exemple « savoir utiliser un tableur » plutôt que « aucun ». Troisièmement, les modalités d’évaluation, avec le nom de l’épreuve et le moment où elle intervient. Quatrièmement, les débouchés nommés : trois intitulés de postes réels, et le référentiel ou la certification sur lesquels vous vous appuyez. Ces quatre ajouts couvrent à eux seuls quatre des six critères France Travail.
Ce que ce tri annonce pour la rentrée
Prenons de la hauteur pour finir. Ces critères France Travail ne sont pas un épisode isolé : tous les canaux de financement se resserrent en même temps. Le CPF s’est contracté, le nouveau référentiel qualité arrive en novembre, et les OPCO revoient leurs modalités de prise en charge.
La conséquence pratique est simple : diversifier ses canaux ne suffit plus, comme nous l’écrivions en juillet à propos de l’acquisition de clients sans passer par le CPF. Il faut désormais y ajouter une exigence de fond, car chaque financeur veut la même chose : une promesse tenable, écrite, vérifiable. Ceux qui savent décrire ce qu’ils font passeront partout. Les autres se feront filtrer canal après canal.
Vous pouvez donc lire les critères France Travail comme une contrainte de plus. Vous pouvez aussi y voir un avantage compétitif : un catalogue clair, référencé et évaluable se vend mieux à tous vos financeurs. Notre position est nette. C’est un travail d’ingénierie, pas de conformité, et il rentabilise largement les 90 minutes qu’il demande.
À retenir
- Depuis le 1er septembre 2026, six critères conditionnent l’affichage et le financement de vos formations chez France Travail. Le texte de référence est la délibération n° 2026-31 du 25 juin 2026.
- La sanction est commerciale : retrait possible de l’affichage et exclusion des dispositifs de financement, sans audit préalable.
- Qualiopi certifie votre processus. Ces critères jugent chaque formation sur son contenu et sa promesse. Les deux filtres sont indépendants.
- Une base de mots-clés construite avec les Carif-Oref et la Miviludes déclenche des examens sans qu’aucun usager se soit plaint.
- Le critère le plus discriminant est le sixième : une information loyale, claire et vérifiable. Il se traite en réécrivant vos fiches, pas en refaisant votre pédagogie.
Article rédigé par Maxence Lemire, Lab des Formateurs.