Accueillir un apprenant avec un TND : 3 conseils concrets

26/10/2026 • Temps lecture : 8 mn • rédaction par Geoffrey Sahuquet
SOMMAIRE
    VOUS ALLEZ APPRENDRE

    Comment préparer l’arrivée d’un apprenant avec un TND avant le premier jour de formation.

    Comment rendre vos consignes et vos supports plus faciles à suivre.

    Comment prévoir des temps de récupération et tenir compte des besoins sensoriels.

    Un apprenant vous informe qu’il présente un trouble du neurodéveloppement, ou TND. Vous pouvez alors vous demander ce qu’il faut modifier dans votre formation et jusqu’où aller dans les adaptations.

    Il n’est pas nécessaire de tout changer. En revanche, quelques précautions prises avant et pendant la formation peuvent éviter des difficultés qui n’ont rien à voir avec les compétences de l’apprenant.

    Les points clés

    • Deux apprenants ayant le même diagnostic peuvent avoir des besoins très différents.
    • Donner les informations suffisamment tôt permet à l’apprenant d’anticiper plus facilement la formation.
    • Restez humain dans votre posture de formateur, comme avec chacun de vos apprenants.

    Les troubles du neurodéveloppement apparaissent au cours du développement et concernent différentes fonctions comme l’attention, les apprentissages, la communication, la coordination ou les interactions sociales. Ils peuvent donc continuer à avoir des conséquences à l’âge adulte, notamment dans une situation de formation.

    Ils regroupent notamment :

    • Le trouble du spectre de l’autisme, ou TSA.
    • Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH.
    • Les troubles spécifiques des apprentissages, comme la dyslexie ou la dyscalculie.
    • Les troubles de la communication.
    • Le trouble développemental de la coordination.
    • Le trouble du développement intellectuel.

    Connaître le diagnostic peut vous aider à mieux comprendre certaines difficultés, mais il ne permet pas de savoir à lui seul ce dont l’apprenant aura besoin pendant votre formation. Deux personnes autistes, par exemple, peuvent être gênées par des choses très différentes. L’une peut surtout avoir besoin d’informations précises en amont, tandis qu’une autre rencontrera davantage de difficultés avec le bruit, les interactions en groupe ou la fatigue.

    De plus, questionner sur les troubles peut être très maladroit, même si votre intention est sincèrement bienveillante. Concentrez-vous plutôt sur ses difficultés et sur la manière dont vous pouvez lui être utile plutôt que de chercher à connaître son diagnostic ou son parcours médical.

    En effet, ces handicaps étant invisibles, vous pouvez être tenté de poser des questions qui, dans un autre contexte, ne vous viendraient pas à l’esprit. Par exemple, si vous aviez en face de vous une personne en fauteuil roulant, vous ne chercheriez certainement pas à savoir si son handicap provient d’un accident, d’une maladie ou encore si elle est née ainsi. Vous tenteriez plutôt d’identifier comment vous pouvez lui être utile.

    C’est exactement cette posture que vous devez avoir avec chacun de vos apprenants : restez humain.

    Avant de chercher une adaptation particulière, échangez donc avec l’apprenant sur ce qui peut concrètement compliquer sa participation et sur ce qui l’aide habituellement. L’accueil et l’accompagnement des apprenants font d’ailleurs partie intégrante des compétences du formateur professionnel.

    L’accueil commence avant le premier jour de formation.

    Lorsque les informations arrivent au compte-gouttes dans plusieurs courriels, l’apprenant doit régulièrement vérifier ce qu’il a reçu, repérer ce qui manque et parfois vous recontacter. Pour certaines personnes avec un TND, cette organisation demande déjà un effort important avant même le début de la formation.

    Regroupez autant que possible les informations dans un seul courriel ou un seul document. Envoyez-le idéalement deux semaines avant la formation. Si ce délai n’est pas possible, essayez de transmettre les informations au moins une semaine à l’avance.

    Vous pouvez y indiquer :

    • Les dates et les horaires.
    • L’adresse ou le lien de connexion.
    • Le matériel ou les logiciels nécessaires.
    • Le déroulement général de la formation.
    • Les horaires et la durée des pauses.
    • Les éventuels travaux en groupe, mises en situation ou présentations orales.

    Si une information change ensuite, précisez directement ce qui a été modifié. L’apprenant n’aura pas à comparer deux documents pour comprendre la différence.

    Vous pouvez également proposer un court échange individuel avant la formation. L’objectif n’est pas de demander à la personne de vous expliquer son diagnostic. Demandez-lui plutôt ce qui peut lui poser problème pendant une formation et ce qui l’aide habituellement.

    Par exemple, une personne peut vous signaler qu’elle a besoin de recevoir les supports à l’avance, qu’elle rencontre des difficultés lorsque plusieurs personnes parlent en même temps ou qu’une présentation orale non annoncée lui demande beaucoup d’efforts.

    Vous disposez ainsi d’informations pertinentes pour préparer votre formation.

    Une consigne comprise rapidement par certains apprenants peut demander davantage de temps à d’autres, notamment lorsqu’elle reste générale ou comporte plusieurs attentes implicites.

    Au lieu de dire simplement : « Analysez cette situation », précisez explicitement ce que vous attendez.

    Par exemple : « Repérez deux difficultés dans cette situation, puis proposez une adaptation pour chacune. Vous avez dix minutes. »

    L’apprenant sait alors par quoi commencer, ce qu’il doit produire et de combien de temps il dispose.

    Employer un cadre explicite apporte également de la clarté dans vos supports. Une diapositive très chargée oblige à choisir entre lire, écouter le formateur et prendre des notes. Il devient alors facile de perdre une information.

    Privilégiez une idée principale par diapositive et, lorsqu’une liste est nécessaire, cinq points courts au maximum. Vous pouvez développer le reste à l’oral ou dans un document complémentaire.

    Pour faciliter la lecture :

    • Utilisez une police sans empattement, comme Arial ou Verdana.
    • Choisissez une taille suffisamment grande.
    • Alignez le texte à gauche.
    • Limitez l’italique et les changements de police.
    • Utilisez le gras uniquement pour faire ressortir les informations importantes.

    Un schéma peut également aider, à condition de l’expliquer. Afficher un visuel complexe sans le commenter ajoute une nouvelle information à décoder.

    Pensez enfin à transmettre un support que l’apprenant pourra reprendre après la formation. Il pourra ainsi écouter vos explications sans essayer de tout recopier en même temps.

    La manière de vérifier la compréhension compte également. Après avoir demandé au groupe « Tout le monde a compris ? », évitez de vous tourner vers l’apprenant concerné pour lui demander publiquement : « Et vous, vous avez compris ? »

    Une courte mise en pratique proposée à tout le groupe vous donnera généralement davantage d’informations. Vous pourrez voir ce qui a été compris et reprendre une notion si nécessaire, sans désigner une personne en raison de son handicap.

    Une journée de formation ne demande pas seulement d’écouter un contenu. Il faut également suivre les échanges, rester attentif, passer d’une activité à une autre, répondre aux sollicitations et parfois supporter un environnement sensoriellement épuisant à cause de l’hypersensibilité sensorielle.

    Pour certains apprenants avec un TND, l’accumulation de ces sollicitations peut entraîner une fatigue importante au fil de la journée.

    Les pauses doivent donc être de véritables temps de pause. Si vous prévoyez dix minutes, évitez d’y ajouter un exercice à terminer ou une discussion obligatoire. L’apprenant doit pouvoir quitter la salle, rester seul quelques minutes ou simplement ne plus être sollicité.

    Une pause collective ne suffit pas toujours. Une personne peut avoir besoin de s’isoler quelques minutes alors qu’aucune pause n’est prévue.

    Vous pouvez annoncer dès le début de la formation que chacun peut sortir brièvement si nécessaire, en vous prévenant simplement. Par exemple : « J’ai besoin de cinq minutes, je reviens. »

    L’apprenant n’a pas à expliquer devant le groupe pourquoi il doit sortir.

    L’environnement joue également un rôle important. Un bruit de fond continu, une lumière très vive ou le volume élevé d’une vidéo peuvent devenir difficiles à supporter pour certaines personnes, voire insupportables.

    Lorsque cela est possible :

    • Limitez les bruits de fond inutiles.
    • Vérifiez le volume avant de lancer une vidéo ou un enregistrement. Évitez notamment de mettre le son au maximum en raison de sa saturation, qui peut être très douloureuse.
    • Permettez l’utilisation d’un casque antibruit ou de bouchons d’oreilles.
    • Acceptez qu’une personne porte des lunettes teintées si la lumière la gêne.
    • Laissez l’apprenant manipuler un objet ou effectuer des mouvements répétitifs si cela ne présente pas de danger et ne gêne pas concrètement la formation.

    Chez certaines personnes autistes, par exemple, ces mouvements répétitifs peuvent aider à mieux supporter une situation, à se concentrer ou à mieux gérer ses émotions. On appelle ces gestes d’autorégulation du stimming. Leur aspect inhabituel n’est pas, à lui seul, une raison pour demander à la personne de les arrêter, d’autant plus s’ils sont profitables à son bien-être.

    Accueillir un apprenant avec un TND ne consiste pas à appliquer automatiquement une série d’aménagements à partir de son diagnostic.

    Préparer les informations suffisamment tôt, rendre les consignes plus explicites et prévoir de véritables possibilités de récupération permettent déjà d’éviter de nombreuses difficultés, tant pour vos apprenants que pour vous.

    Une fois la formation commencée, prenez également quelques minutes avec l’apprenant pour faire un point. Vous pourrez ainsi conserver les adaptations qui fonctionnent et modifier celles qui répondent moins bien à ses besoins.

    À propos de l’auteur

    Geoffrey Sahuquet est consultant-formateur et pair aidant autiste. Avec Mathilde Fabre, éducatrice spécialisée, ils proposent au sein d’Autisme Soutien des solutions spécifiques aux adultes autistes, avec ou sans diagnostic.

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